1 Douran

Dissertation Du Bac 2010


Corrigé de l'épreuve du BAC S 2010

de Français - dissertation

Lundi 21 juin 2010

Dissertation : en quoi l'évocation d'un monde très éloigné du sien permet-elle de faire réfléchir le lecteur sur la réalité qui l'entoure ?

Vous développerez votre argumentation en vous appuyant sur les textes du corpus, les oeuvres que vous avez étudiées en classe et celle que vous avez lues.

 

>> Voir les textes du corpus

 

Proposition de corrigé :

Introduction :

Beaucoup d’auteurs comme Voltaire avec Eldorado, ou encore Le livre des merveilles du monde de Marco Polo ont tenté de nous faire rêver en nous proposant un monde imaginaire et plein de fictions tentant ainsi de nous séduire par la magie, mais au-delà de ce désir de plaire cela ne traduit-il pas leur désir de nous faire réfléchir à la réalité qui nous entoure ? Nous nous poserons la question de savoir dans quel but ces auteurs se servent de la description de contrées mythiques. Nous nous efforcerons de comprendre en quoi ces lieux magiques deviennent le support de l’utopie qui comparativement permettent la critique de notre réalité.

I - Une contrée qui fait rêver

1 - Un nouveau cadre spatio temporel

Nous savons que Voltaire n’est jamais allé en Orient, il s’est donc inspiré des ouvrages de voyageurs pour rédiger Candide en proposant un cadre spatial particulier et en suggérant un récit différent de la réalité dans l’imaginaire du lecteur. Il en va de même chez Montesquieu avec les lettres Persanes par exemple. Nous pouvons parler de l’éloignement dans le temps ou l’âge d’or mythique domine. En effet il y a également un éloignement dans le temps synonyme de merveilleux. Fénelon s’est inspiré de L’Odyssée pour évoquer les aventures de Télémaque. Il affirme que la Bétique « semble avoir conservé les délices de l’âge d’or ». Les vieux rêves de l’humanité surgissent ainsi chez le lecteur. Il s’agit d’étonner et de faire rêver à un autre monde possible, un ailleurs paisible, enviable et très éloigné de notre réalité quotidienne.

2 - Un monde utopique

Notre monde bien concret et réaliste s’estompe pour faire place à un nouveau monde, le lecteur pénètre dans un univers complètement utopique, le conteur crée un monde sur mesure ne décevant ainsi jamais l’imagination du lecteur gommant toutes les imperfections inhérentes à notre réalité et adhérant à nos désirs les plus secrets. La lecture nous conduit dans un monde idéal dominé par un gouvernement parfait, sans  contingences, un système neuf, un paradis édénique sur terre. On le retrouve dans le Candide de Voltaire avec le portrait de l’Eldorado, monde utopique où règne la sagesse des anciens, l’égalité entre les hommes, le mépris des richesses, les vraies valeurs et enfin le culte de la raison. La paix règne en maître et la vie est synonyme de bonheur au point que Cunégonde ne peut rester dans ce monde préservé et doit poursuivre son périple qui s’achève vers Constantinople. Nous trouvons l’expression la plus haute de l’utopie dans le conte philosophique du penseur avec la société familiale de la métairie qui vit en autarcie, ignorant la folie meurtrière des puissants. C’est le prix à payer pour que « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice, et le besoin. »

Montesquieu, dans ses Lettres persanes, nous rapporte la fable des Troglodytes, époque légendaire, passée qui éveille la nostalgie des lecteurs vers le bonheur perdu  à retrouver.  Les conditions du véritable bonheur sont également abordées avec Fénelon dans les aventures de Télémaque, il s’agit de retrouver les véritables conditions du bonheur dans la société révolue de la Bétique. Le mythe classique de « l’âge d’or » se confond sans doute avec la tradition pastorale biblique d’hommes. Le monde utopique est ainsi coupé du monde réel, c’est pourquoi, c’est pourquoi Voltaire, dans Candide, a placé Eldorado dans les hautes falaises montagneuses inaccessibles. La Bétique de Fénelon est située, « assez près des Colonnes d’Hercule ».

3 – Un paradis édénique

L’homme dans ce monde parfait n’est pas l’auteur de la faute originelle, nous sortons du cadre de la religion judéo chrétienne marquée par la désobéissance originelle d’Adam et Eve. Les troglodytes sont « chéris des dieux ». Chez Fénelon, les habitants de la Bétique ont gardé leur pureté originelle

Mais ce monde utopique synonyme  de perfections à tous les niveaux renvoie le lecteur à la possibilité de critiquer la société réelle, il s’agit en fait de remettre en cause dans la mesure du possible, la société dans laquelle nous vivons.

II  - La possibilité de critiquer la société réelle

1 – Une remise en cause de l’utopie

Le modèle idéal du monde proposé par ces auteurs fait réagir le lecteur qui ne manque pas de remettre en cause ce schéma de vie qui n’est en fait qu’un idéal mettant de ce fait en évidence l’impossibilité pour l’homme du fait de ses nombreuses imperfections et carences d’atteindre un tel niveau de vie. Nous sommes ainsi dans un jeu de contrastes entre l’idéal à atteindre et la réalité bien imparfaite qui nous en éloigne toujours un peu plus. Nous retrouvons l’antagonisme inhérent à l’homme entre le désir et la raison creusant ainsi les insuffisances du réel.

2 - Les insuffisances du réel

Cette philosophie de l’utopie est toujours implicite, nous retrouvons chez les auteurs cités plus haut les critiques des vices des contemporains, on retrouve ainsi dans le roman épistolaire de Montesquieu une remise en cause des travers du grand siècle. Nous avons chez Fénelon un portrait de la France de Louis XIV. Il oppose la civilisation rurale et pastorale, marquée par la richesse et le superflu à une société artificielle et les conséquences que cela suppose. Il vise ainsi en particulier les arts du luxe comme la décoration, la musique, la parfumerie. Le lecteur attentif comprend qu’il s’agit d’une critique acerbe de Versailles et de la cour. Montesquieu dans les Lettres persanes reprendra les mêmes critiques, à savoir la futilité, la tyrannie de la mode et le rôle néfaste de la cour sur les classes sociales. . La petite noblesse et la bourgeoisie sont brûlées par l’envie. La cour royale est devenue l’esclave de ses passions. Voltaire, quant à lui, vise l’actualité contemporaine, comme l’arbitraire royal de Louis XV. Le but de cette remise en cause est le possible bonheur en société

3 -  Un bonheur terrestre humaniste possible

« Ces allers retours permettent également de faire ressortir les voies d’un possible bonheur en société. Voltaire illustre l’idéal de bonheur en faisant référence à un retour aux valeurs les plus simples, le retour à la terre et la pratique d’une hospitalité orientale chaleureuse. En effet selon le philosophe, le travail éloignerait l’homme de trois maux, « l’ennui, le vice et le besoin ». La morale de Candide qui résume la critique de l’apologue philosophique est la suivante, « il faut cultiver son jardin ». Nous avons donc en conclusion, l’idée d’un paradis terrestre humaniste possible par l’exercice de la raison.

Conclusion

Ainsi, les mondes utopiques des auteurs comme Montesquieu, Fénelon, Voltaire très éloignés des nôtres permettent aux lecteurs de remettre en question leur réalité toujours très en deçà de leurs nombreux désirs. Les auteurs cherchent ainsi à plaire et à instruire sur une nouvelle réalité pour susciter de nombreuses prises de conscience. L’utopie devient alors le support des valeurs philosophiques à défendre au niveau moral et religieux et autorise la remise en cause de la réalité contemporaine.

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Type de sujet : Dissertation
Objets d’étude : L’argumentation (convaincre, persuader, deliberer) – Etude d’un mouvement littéraire
Séries : S, ES, L


L’énoncé

 

Dans quelle mesure la forme littéraire peut-elle rendre une argumentation plus efficace ? Vous appuierez votre développement sur les textes du corpus, vos lectures personnelles et les œuvres que vous avez étudiées en classe.

 

Le corpus de textes

 

Texte A – Anonyme, Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1752 - 1772), article "Réfugiés".

RÉFUGIÉS. C’est ainsi que l’on nomme les protestants français que la révocation de l’édit de Nantes a forcés de sortir de France, et de chercher un asile dans les pays étrangers, afin de se soustraire aux persécutions qu’un zèle aveugle et inconsidéré leur faisait éprouver dans leur patrie.

Depuis ce temps, la France s’est vue privée d’un grand nombre de citoyens qui ont porté à ses ennemis des arts, des talents, et des ressources dont ils ont souvent usé contre elle. Il n’est point de bon Français qui ne gémisse depuis longtemps de la plaie profonde causée au royaume par la perte de tant de sujets utiles. Cependant, à la honte de notre siècle, il s’est trouvé de nos jours des hommes assez aveugles ou assez impudents pour justifier aux yeux de la politique et de la raison, la plus funeste démarche qu’ait jamais pu entreprendre le conseil d’un souverain. Louis XIV, en persécutant les protestants, a privé son royaume de près d’un million d’hommes industrieux qu’il a sacrifiés aux vues intéressées et ambitieuses de quelques mauvais citoyens, qui sont les ennemis de toute liberté de penser, parce qu’ils ne peuvent régner qu’à l’ombre de l’ignorance. L’esprit persécuteur devrait être réprimé par tout gouvernement éclairé : si l’on punissait les perturbateurs qui veulent sans cesse troubler les consciences de leurs concitoyens lorsqu’ils diffèrent dans leurs opinions, on verrait toutes les sectes vivre dans une parfaite harmonie, et fournir à l’envi des citoyens utiles à la patrie, et fidèles à leur prince. Quelle idée prendre de l’humanité et de la religion des partisans de l’intolérance ? Ceux qui croient que la violence peut ébranler la foi des autres, donnent une opinion bien méprisable de leurs sentiments et de leur propre constance.


Texte B – Voltaire, Dictionnaire philosophique (1764), article « Fanatisme ».

On entend aujourd’hui par fanatisme une folie religieuse, sombre et cruelle. C’est une maladie de l’esprit qui se gagne comme la petite vérole. Les livres la communiquent beaucoup moins que les assemblées et les discours. On s’échauffe rarement en lisant : car alors on peut avoir le sens rassis. Mais quand un homme ardent et d’une imagination forte parle à des imaginations faibles, ses yeux sont en feu, et ce feu se communique ; ses tons, ses gestes, ébranlent tous les nerfs des auditeurs. Il crie : "Dieu vous regarde, sacrifiez ce qui n’est qu’humain ; combattez les combats du Seigneur" : et on va combattre.
Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. [...]
Il n’est d’autre remède à cette maladie épidémique que l’esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal ; car dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir et attendre que l’air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d’être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. [...]
Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains ; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait.


Texte C – Montesquieu, De l’esprit des lois (1748), « De l’esclavage des nègres », livre XV, chapitre 5.

Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais : Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres. Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves. Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre. On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir. Il est si naturel de penser que c’est la couleur qui constitue l’essence de l’humanité, que les peuples d’Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu’ils ont avec nous d’une façon plus marquée. On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.
Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui, chez des nations policées, est d’une si grande conséquence. Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens. De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ?




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Les appréciations du prof

Difficulté du sujet

Le sujet, très ouvert, propose une réflexion sur l’argumentation, invite à confronter argumentation directe et indirecte et suppose un examen des procédés à même de rendre l’argumentation efficace. Ce type de sujet présente l’avantage de laisser une certaine liberté à l’élève, qui peut choisir, comme c’est le cas ici, de recentrer le sujet autour d’un mouvement, par exemple. Il présente l’inconvénient de ne pas proposer une problématique très cadrée : l’élève peut facilement se perdre ou faire de sa dissertation un catalogue de genre et de procédés. Il faut donc absolument élaborer une problématique claire, la mettre en avant et ne pas la perdre de vue au fil du développement.
 

Qualités de la copie

La méthodologie de la dissertation est maîtrisée. Bon début d’introduction. L’élève commence par interroger la notion, en trace un bref historique avant de mettre en valeur la problématique soulevée par le sujet. La copie propose une réflexion pertinente qui s’articule en deux temps distincts et s’appuie sur des exemples pertinents. Les procédés utilisés sont bien mis en valeur, particulièrement dans la première partie. Les stratégies employées par les auteurs des articles de l’Encyclopédie sont bien analysées. Le corpus de textes proposés est bien utilisé et fournit au candidat des exemples pertinents. Enfin, la qualité de la rédaction est à noter.


Défauts de la copie

L’annonce de plan n’est pas très claire et l’élève n’a pas suffisamment explicité le choix qu’il fait de confronter la question de l’argumentation au siècle des Lumières, ce qui peut tout à fait se justifier. L’élève n’a pas suffisamment soigné ses transitions, le début de chaque partie invite à présenter les sous-parties qui vont la composer. Dans la deuxième partie sur l’ironie, les exemples choisis appelaient une analyse plus détaillée des procédés. L’élève a considéré que l’ironie dans Candide était évidente : même si c’est le cas, il est indispensable de justifier chacune des idées mises en avant. La conclusion est un peu courte (voir les remarques dans la copie).


Conclusion

Une copie bien organisée, riche d’exemples et faisant état d’une bonne connaissance des notions traitées, aussi bien l’argumentation que les Lumières. Néanmoins, les termes « argumentation directe » et « argumentation indirecte » étaient attendus, ils sont évoqués implicitement mais jamais mentionnés. Enfin, de manière générale, l’étude ne détaille et n’explicite pas suffisamment le cheminement qui mène au choix d’une problématique, d’une idée ou d’un exemple.






En partenariat avec le Web Pédagogique.


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